[Popularisation] L’Histoire vendue comme des histoires

N'oubliez pas de partager, ça aide le blog à avancer !

Avec, au 6 décembre 2016, 435 322 abonnés (dont moi-même), Nota Bene est le plus gros « Youtubeur » historique français

Comme beaucoup de personnes ici, je pense, je regarde parfois des vidéastes parler d’histoire. A l’instar des blogueurs historiques, je ne les connais pas tous. Surtout qu’il s’agit là d’un phénomène que je prends en cours, qui plus est assez en retard.

Et du fait de la notoriété grandissante de certains, notamment à travers le nombre d’abonnés et la publication de livres par des éditeurs d’une taille appréciable, un retour critique sur le phénomène tend à s’imposer.

Mais avant d’attaquer le fond, je dois d’abord mettre en avant quelle est ma position, d’où je parle. De fait, malgré mon jeune âge, 27 ans, je conserve de ma formation universitaire, un penchant assez nette pour la culture livresque. Je ne renie pas l’attrait du média audiovisuel – tellement peu de mépris que j’explique ailleurs sur ce blog en quoi il peut être intéressant pour engranger des connaissances sur divers sujets et que je propose une sélection d’exemples intéressants – , mais de préférence sous le format documentaire « classique », plutôt que celle du podcast. Cela ne revient pas à dénigrer ce média, plutôt à déclarer mon intérêt somme toute relativement limité pour lui. En somme, je regarde des podcasts, mais ne fait (surtout) pas que cela.

Enfin bref, comme dirait l’autre, le but de cet article sera de discuter des méthodes et les soucis épistémologiques posés par certains partis pris ou choix. Le tout en cernant à chaque fois ceux qui sont plus ou moins touchés. 

A noter que je ne vais parler ici que des « Youtubeurs » historiques généralistes. J’exclue donc d’emblée des vidéastes thématiques comme JVH ou Confessions d’histoire [1]. Mon corpus sera donc composé de : Nota Bene, Histony, Histoire Brève, Parlons Ystoire, Temps Mort, D’Mystif, Epic Teaching of History, C’est une autre histoire [2] et Herodot’com.

Ma critique va essentiellement porter sur quatre thèmes : le rapport des vidéastes à la méthode historique, les sujets traités, leurs différentes manières d’envisager la popularisation du savoir et les formats choisis.

Enfin, je tiens à signaler que ce n’est qu’un avis personnel, nourri de mes goûts, mes ressentis et mes névroses. Et les défauts que je vais lister ci-dessous ne m’empêchent pas d’apprécier le travail de certains vidéastes.

 

Le rapport à la méthode historique :

 

Si évident que cela puisse paraître pour toute personne possédant une formation universitaire en histoire, l’étude scientifique de l’histoire se définit par rapport à une méthode, circonscrite par la célèbre Introduction aux études historiques de Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos [3], au XIXème siècle. Elle consiste en un examen critique de sources primaires (documents datant de l’époque des faits envisagés) à laquelle on peut associer la discussion des sources secondaires (historiographie). Chaque document étant, par ailleurs, dûment cité afin que chaque lecteur puisse vérifier la pertinence ou non des dires de l’auteur. Dans le cas des « Youtubeurs » dont je vais parler, la mise en avant des sources primaires est quasiment inexistante. Et ce de manière assez générale. Hormis quelques illustrations d’époque – notamment portraits du personnage dont il est actuellement question ou l’iconographie d’un événement particulier – pour mieux appuyer le propos. Du cadre et pas du fond donc. Mais cet état de fait tient probablement plus de l’inadéquation du média YouTube pour une telle entreprise que d’un souhait des vidéastes de ne pas discuter les sources. Qui plus est, c’est une constante de la vulgarisation que de ne pas beaucoup se référer aux documents directement.

Pour ce qui est des sources secondaires, je suis intimement persuadé que chacun d’entre eux s’appuie sur les travaux de chercheurs. Or, peu d’entre eux mettent à la disposition de leurs spectateurs la liste complète de leurs références. Seuls Histony, Herodot’com, Nota Bene et, depuis peu, C’est une autre histoire le font, soit dans la partie description d’une vidéo ou à travers des billets de blog [4]. En ce qui concerne les autres vidéastes, à ma connaissance, aucun d’entre eux ne donne la possibilité à ses spectateurs de connaître les sources d’inspiration de la vidéo.

Par ailleurs, ayant rejoint un groupe Facebook de relecture critique créé par un des « Youtubeurs » du corpus, j’ai accès aux scripts des prochaines vidéos avant leurs tournages. Grâce à cela j’ai pu remarquer des détails intéressants sur les sources de certains « YouTubeurs » du corpus. J’ai pu m’intéresser aux références bibliographiques des auteurs. De fait, ceux-ci ne renvoient QUE vers des contenus internet. On pourra confirmer cette assertion en regardant les descriptions des vidéos de l’ensemble des vidéastes non cités précédemment. Pour parler du léger problème que cela pose en ne prenant qu’un seul exemple, on pourrait s’interroger sur une vidéo de Parlons Y-stoire. En effet, à propos du 14 juillet [5], il ne cite à aucun moment l’article important de Christian Amalvi dans les Lieux de mémoire [6] à propos de cette date et des débats ayant eu lieu pour son établissement comme fête nationale.

Cela ne revient pas à insinuer que les ressources disponibles sur Internet sont mauvaises et/ou illégitimes. Simplement qu’elles ne sont pas – et à mon sens ne devraient pas être – l’alpha et l’omega de la popularisation du savoir sur internet [7]Certes, on m’objectera sûrement que donner des liens vers des sites internet est bien plus simple et pratique pour le spectateur. Surtout que de nombreuses personnes – les vidéastes ou les spectateurs – n’ont pas forcément accès à des bibliothèques très fournies sur des sujets spécifiques. C’est un argument tout à fait valable. Mais, à mon sens, il n’est jamais mauvais de renvoyer ses auditeurs vers des ouvrages scientifiques. Cela peut renforcer le rôle et l’image des « Youtubeurs » comme « passeurs de savoirs ». En somme, internet et le livre papier ne sont pas antagonistes, mais complémentaires. Cela peut paraître tenir du plus simple bon sens, mais il faut croire que ce ne soit pas très clair dans l’esprit de certains ‘Youtubeurs ».

En outre, comme toute science, l’histoire s’appuie sur plusieurs concepts importants, le tout regroupés sous le terme d’épistémologie. Cela va de la réflexion autour d’idées telles que le temps, la mémoire, l’antique et le moderne etc., jusqu’à la définition des termes propres d’un sujet donné. Ici aussi, hormis Histony et Herodot’com, les autres « Youtubeurs » ne s’attardent qu’assez peu sur ces questions. D’une certaine manière, Histoire Brève détaille un peu les définitions de ses sujets, mais sans aucune réflexion personnelle sur l’élaboration de cette définition, se contentant de copier la définition Wikipedia. Le tout avec une méthodologie définition/exemple hautement contestable [8].

On a donc pu entrevoir que si certains « Youtubeurs » sont tout à fait conscients des exigences inhérentes à la pratique de la méthode historique, d’autres le sont moins, soit par méconnaissance soit, peut-être, par choix. Si cet aspect peut être profondément gênant, quelques vidéastes tombent également dans, selon moi, un écueil fréquent – qu’il partage avec les productions « historiques » audiovisuelles – , l’histoire vue sous le prisme des anecdotes.

 

Les thèmes abordés :

 

De manière assez générale, nombre des vidéastes décident de traiter des sujets très précis, plutôt du format « petites histoires ». L’exemple qui m’a progressivement amené à cette conclusion est l’essai d’histoire du Canada par Nota Bene [9]. S’y succèdent plusieurs anecdotes et événements marquants du pays. Mais que ce soit, par exemple, Parlons Y-stoire ou Histoire Brève, on retrouve ce même principe de base.

Je pourrais être acerbe et vitupérer sur le fait qu’ils ne mettent en avant que des événements. Qu’ils éclaboussent l’esprit de leurs auditeurs avec un peu d’écume événementielle, mais ne les submergent pas par une vague structurelle. Comme si l’histoire n’était qu’une succession de temps courts. En étant de mauvaise foi, je pourrais rapprocher cela de l’historiographie méthodique, tant décriée par l’école des Annales pour sa propension à l’attrait pour les faits circonstanciés et les grands personnages. Et là de citer la fameuse critique de Lucien Febvre sur une Histoire de la Russie, des origines à 1918 [10]  :

On ne vous dit rien, explique-t-il catégoriquement, parce qu’il n’y a rien à dire « faute de documents » en premier lieu et « faute d’événements » en second lieu… Ah ! voilà qui ne fait plus l’affaire ; et si c’est un système, souffrez que nous disions : il est détestable.

« Pas d’événements. » Alors, vous nous conviez à identifier, tout bonnement, « histoire » et « événement » ? Et, majestueusement assis sur cet immense fatras de papiers en sciure de bois, bleuis (et au bout de dix ans blanchis) à l’aniline que vous nommez vos « documents », vous proclamez : « L’histoire de dix siècles est inconnaissable ? » Pardon ! Elle est tout ce qu’il y a de plus connaissable. Tous ceux qui s’en occupent le savent, tous ceux qui s’ingénient non pas à transcrire du document mais à reconstituer du passé avec tout un jeu de disciplines convergentes s’appuyant, s’étayant, se suppléant l’une l’autre ; et votre devoir d’historien, c’est précisément de soutenir leur effort, de le décrire, de le promouvoir le plus possible ; ce n’est pas de justifier une paresse réelle et une courte vue regrettable en proclamant, du bout de lèvres dédaigneuses : « Rien à faire… »

De ce fait, il serait tentant d’expliquer doctement que l’histoire ne vient, je crois, qu’avec la compréhension des structures qui faisaient se mouvoir des personnages donnés à une époque donnée. Et donc que le travail de ces « Youtubeurs » ne serait qu’un apport d’érudition, pas de l’histoire proprement dite. Qu’ils racontent des histoires et ne font pas de l’histoire.

Certes, un extrait d’un livre d’Antoine Prost [11] peut amener à relativiser un peu cette assertion. La voici :

Certaines histoires remplissent une fonction de divertissement. Elles ont pour but de distraire, de faire rêver. Elles cherchent un dépaysement dans le temps, un exotisme analogue à celui que procurent, dans l’espace, les revues de vulgarisation géographique. C’est surtout une histoire qui connaît le succès dans les médias et se vend aux kiosques des gares. […] Aux yeux des historiens, cette histoire anecdotique, qui s’intéresse aux vies privées des princes d’antan, aux crimes restés obscurs, aux épisodes spectaculaires, aux coutumes étranges, ne mérite pas grand intérêt. L’histoire médiatique n’est pas disqualifiée par ses méthodes, qui peuvent parfaitement respecter les règles de la critique, mais par ses questions, qui sont futiles.

Notons, au passage, le pouvoir social qu’exerce ici la profession historienne. De quel droit affirmer que les amours de Madame de Pompadour ou l’assassinat de Darlan sont des questions futiles, alors que l’histoire des mineurs de Carmaux (R. Trempé), celle de la représentation du rivage (A. Corbin) ou celle du livre au XVIIIème siècle méritent d’être traitées ? C’est la profession historienne qui décide de la recevabilité de telle ou telle histoire et détermine ses critères d’appréciation […]. Il y a là un pouvoir effectif, dont les historiens du dimanche font souvent les frais.

De fait, je ne dois pas sous-estimer ma puissance normative lorsque je parle d’érudition et non d’histoire. Ce n’est que parce que j’appartiens – au moins sur le plan des idées, si ce n’est dans les titres et la position académique – à la corporation des historiens « universitaires », que je peux m’exprimer ainsi avec tant d’aplomb. Ma critique est donc empreinte d’un certain parti pris non négligeable, mais je l’assume tout à fait. Ce dernier force à aller « gratter » plus loin. Qui plus est, le problème n’est pas réellement dans la pertinence ou non du sujet abordé que dans la manière de traiter ce dernier. Par exemple, mettre en avant les différentes innovations militaires étonnantes ou « méconnues » des Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale [12], n’est pas un souci en soi. Mais cela devient de l’histoire si ces divers exemples permettent d’introduire, par exemple, un propos sur la recherche militaire allemande pendant ce conflit, son fonctionnement, ses hommes et ses objectifs.

Par ailleurs, le format choisi par plusieurs « YouTubeurs », à savoir un sujet une vidéo, empêche de rentrer dans un luxe de détails et de nuances. Ou alors, la dite vidéo devrait fortement s’étirer en longueur, ce qui pourrait faire fuir certains spectateurs. A ma connaissance, les seuls qui dérogent à ce biais sont Histony et Herodot’com, même si pour le premier il s’agit plutôt d’une annonce que d’une réalité [13]

In fine, on ne saurait être trop critique avec l’ensemble des « Youtubeurs » sur le plan des thèmes abordés. Car, en un sens, ils apportent malgré tout des éléments de culture générale à leurs auditeurs, ce qui ne saurait être méprisé. A défaut d’aider à produire des « têtes bien faites », ils remplissent le « temps de cerveau disponible » de beaucoup de gens avec des choses intelligentes. On peut regretter l’aspect « l’histoire par le petit bout de la lorgnette », mais ils ont quand même la gloire de diffuser le savoir historique sur internet. Ce qui n’est pas rien. 

 

L’art et la manière de populariser :

 

Admettons que la méthode puisse ne pas être toujours respectée comme il le faudrait et que les thèmes puissent être plutôt classables dans la case érudition plutôt qu’histoire. Si les vidéastes en question ont l’art et la manière de « raconter leurs histoires », j’aurais envie de penser que l’honneur serait quelque peu sauf. Or, pour certains ce n’est pas tout à fait le cas.

Et ici je voudrais parler de deux traits, à mon sens des défauts, de plusieurs « YouTubeurs » : des choix de registres de langues assez contestables et une certaine tendance à « l’historico-lol ».

Pour ce qui est du premier défaut, j’entends discuter de la pertinence – ou non ! – de l’utilisation d’un registre de langue familier, pour ne pas dire vulgaire. Et ici je pense à des vidéastes tels que Histoire Brève, C’est une autre histoire et Herodot’com. En effet, ces derniers se distinguent par l’emploi assez courant de formules telles que « foutre le zbeul », « il voudrait bien se la pécho » ou « ça a très vite saoulé le pape » [14]. Quel est l’intérêt de ces expressions dans l’économie de ces vidéos ? Certes, cela peut permettre de « faire cool » et rendre l’histoire « moins chiante » et donc plus accessible. Mais est-ce réellement le cas ? Il s’agit plutôt là d’un postulat un peu dogmatique que d’une réelle pensée.

En outre, la science historique sort-elle grandie de ce procédé ? In fine cela contribue à renforcer le fossé entre d’un côté l’histoire universitaire et scientifique et de l’autre l’histoire divertissement. En somme, une personne de bonne volonté se « sacrifierait » pour lire les travaux hautement ennuyeux de quelques spécialistes enfermés dans leurs laboratoires et bibliothèques, puis donnerait la « bonne parole » à une foule d’ignorants. Le tout à coup de « wesh potos » ou de « Zeus a encore ken une mortelle ». Or, le but de la popularisation du savoir n’est-elle pas d’inciter les spectateurs à se saisir de la méthode et des références bibliographiques de l’intercesseur afin qu’il puisse savoir comment la « cuisine » de l’histoire scientifique fonctionne ? Pour le dire plus clairement, d’élever le spectateur afin d’en faire un être capable de discerner les qualités et les défauts d’une production historique, mais aussi d’entrevoir les limites de la démarche historienne. En somme, de le rendre autonome devant une production traitant d’histoire, qu’elle soit livresque ou audiovisuelle.

Outre l’inutile vulgarité d’Histoire Brève et consorts, j’ai aussi remarqué une certaine tendance à faire de « l’historico-lol ». J’entends par là une certaine dépréciation du fond au profit de la forme. Notamment en introduisant des pastilles humoristiques de quelques secondes. C’est notamment le cas chez Parlons Y-stoire, Herodot’com, Epic teaching of the history ou, dans une certaine mesure, NotaBene. Non, à mon sens, l’histoire ce n’est pas du « lol »en barres ou un répertoire à anecdotes humoristiques, mais une science qui doit s’ingénier à comprendre les sociétés passées. De fait, comme l’explique Alain Chatriot [15] :

De la rigueur est aussi particulièrement nécessaire car le métier ne supporte pas les approximations

Or, « l’historico-lol » et son homologue télévisuelle « histotainment », avec les programmes de personnes comme Franck Ferrand, Stéphane Bern ou Christine Bravo, sont aux antipodes de cet objectif. A mon avis, l’histoire demande une grande rigueur intellectuelle et un esprit critique de chaque instant, autant sur soi que sur les livres que l’on lit ou podcasts/documentaires que l’on regarde. Et ça ce n’est pas forcément « fun ».

De manière plus générale, on pourrait se demander si cette conjonction entre langue familière et « historico-lol » ne serait pas, en quelque sorte, manquer de respect aux spectateurs. Comme si ces derniers n’étaient pas – pour la large majorité d’entre eux – capables de comprendre un raisonnement complexe et formé de mots un tant soit peu techniques. On pourrait même dire qu’il y aurait là une certaine insulte à leur intelligence. Je tend donc à penser qu’à travers cela ils ne popularisent pas le savoir, au sens où ils abaissent leurs contenus plutôt que de tirer leurs spectateurs vers le haut.

Entendons nous bien, chaque vidéaste peut adopter le style qu’il entend, selon sa propre vision de la popularisation et sa personnalité. Mon but ici est de mettre en évidence que ces manières de faire impliquent des questionnements théoriques assez profonds ce que pourrait être, selon moi, une définition de ce qu’est une « bonne » popularisation. A mon sens, il est tout à fait possible – et souhaitable – d’adopter un style oral, mais sans se sentir obligé de verser dans la vulgarité ou le langage familier. Il est totalement possible de faire du contenu sérieux dans une ambiance détendue. A noter que des personnes comme Temps Mort ou Histony sont les plus proches de ces objectifs.

 

Le format ou la misère du « top » :

 

J’ai déjà quelque peu abordé la question du format dans la partie sur les thèmes abordés, mais je voudrais y revenir rapidement avant de conclure cet article. En effet, un des autres « fléaux » touchant la sphère des « Youtubeurs » historiques français, est la tendance à faire des contenus de format « top ». Dans mon corpus, le champion incontesté de cette tendance est Epic Teaching of the History, ce dernier consacrant toute une partie de sa production à des vidéos intitulées « Le Saviez-Vous ? [Anecdotes Historiques et Insolites] ». Mais il n’est pas le seul. En effet, je pourrais citer aussi NotaBene et Parlons Y-stoire à travers des vidéos aux titres commençant par « Les 3/4/5+ X les plus Y ». 

A leur décharge, c’est une constante de nombreuses chaînes YouTube, et même de toute une partie d’internet avec des sites comme Topito ou Buzzfeed, ainsi qu’un artifice qui permet de générer beaucoup de vues assez facilement et ainsi engendrer un certain revenu pour la chaîne et le vidéaste. Qui plus est, les vidéos de format « top » ont cet avantage d’une assez grande facilité de production. Ce qui n’insinue pas que les vidéastes mentionnés sont uniquement motivés par l’argent, mais que, pour certains, il s’agit là de leur principale activité rémunératrice. C’est une des lourdes contraintes imposée par l’environnement économique de YouTube, notamment pour les chaînes débutantes. Qui plus est, l’histoire, surtout lorsqu’elle est entendue comme compilations d’histoires plus ou moins affriolantes, se prête assez bien à ce type d’exercices.

 

La critique est facile, l’art est difficile :

 

En forme de conclusion, je voudrais revenir à un peu d’humilité.  A travers ces différentes critiques, mon but n’était pas de vouloir dénigrer les vidéastes. Ils ont le mérite d’essayer des choses, de lancer des bouteilles à la mer. Certaines idées sont appréciables, d’autres beaucoup moins.

De plus, me confronter aux choix, partis pris et angles d’attaque de ces « Youtubeurs » m’a amené à penser et repenser mon propre projet. En effet, toujours dans ma réflexion déjà ancienne sur les moyens et les buts de la popularisation du savoir historique, j’en viens désormais à former le projet de créer ma propre chaîne YouTube. Dans l’état actuel de ma réflexion, je pense faire des compte-rendus de livre, mais aussi des séries de vidéos traitant soit de l’histoire d’un pays soit d’un thème (les femmes ou la mort par exemple).

Mais tout cela n’est pas encore clairement établi. Donc je suis tout ouïe aux différentes suggestions, tant du point de vue technique que du contenu, que vous, lecteurs, voudriez bien me donner. Le tout dans le respect et un esprit constructif. Cela peut passer par mes différents comptes sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) ou à l’adresse email suivante : michel@lhistoirestuncombat.net.


[1] Je signale au passage que j’avais déjà parlé brièvement de Confessions d’histoire dans un article relativement ancien.

[2] Je suis tout à fait conscient que Manon Bril, la vidéaste à l’origine de C’est une autre histoire, officie également sur d’autres chaînes YouTube, notamment celle de la revue Mondes sociaux. Mais ici je ne ferais référence qu’à son travail sur C’est une autre histoire. Ce que je vais dire sur elle ne présume donc en rien de son travail sur les autres chaînes.

[3] Langlois Ch.-V. et Seignobos Ch., Introduction aux études historiques, Paris, 1898. A noter qu’une lecture en ligne est possible, sur le site des Classiques de l’université du Québec à Chicoutimi. (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[4] Pour Herodot’com, chacun peut aller voir dans les descriptions des vidéos. En ce qui concerne Histony, pour l’exemple, le billet de blog en lien avec sa vidéo sur le livre de William Blanc et Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers . De l’histoire au mythe identitaire. Idem, avec les références bibliographiques de la vidéo sur les récupérations politiques de Nicolas Sarkozy. Pour C’est une autre histoire, je l’ai repéré uniquement dans la vidéo « Persée et Méduse – FEAT LES COPAINS – Le relooking mythologique #4 ». Enfin, pour ce qui est de Nota Bene, on prendra l’exemple de « Les Pires Batailles : Mongol VS Japon » (mise en ligne le 7 octobre 2016). La version blog ne semble pas être en ligne sur son site, mais on malgré tout qu’il utilise des livres pour ses autres vidéos. Exemple ici de « Les redoutables dynasties ».

[5] Parlons Y-stoire, « Pourquoi le 14 juillet ? – Parlons Y-stoire #13 », YouTube (mise en ligne le 14 juillet 2015)  (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[6] Almavi C., « Le 14 Juillet. Du dies irae à Jour de fête », dans Nora P. (sous la dir.), Les lieux de mémoire, tome 1 , La République, Paris, 1984, p. 383-423.

[7] Je ne doute pas réellement que l’ensemble des autres vidéastes utilisent eux aussi des contenus papier. Mais alors dites-le ! Je veux avoir le plaisir, en bon « historian nazi », d’aller vérifier toutes vos références, de refaire le parcours intellectuel qui vous a amené de votre questionnement de départ à votre rendu final.

[8] Par exemple, dans sa vidéo sur différents génocides (Dave Sheik, « 3 GÉNOCIDES OSEF »YouTube (mise en ligne le 2 juin 2016) (Dernière consultation le 10 décembre 2016), outre le fait qu’il ne cite pas la paternité de Raphaël Lemkin pour le terme « génocide » ni ne parle de son acception actuelle par l’ONU, sa définition de ce qu’est un génocide ne vient que très tard dans la vidéo, entre le deuxième et le troisième exemple (entre 8’23 » et 8’38 »). Or, normalement, la caractérisation du sens d’un mot est la première étape d’un travail historique. Il permet déjà de débroussailler le terrain avant de le mettre en exemple ou de contester sa pertinence. On pourrait aussi répéter l’opération avec sa vidéo sur des dictateurs (Dave Sheik, « 3 DICTATEURS OSEF », YouTube (mise en ligne le 27 septembre 2016) (Dernières consultations le 10 décembre 2016).

Ses problèmes méthodologiques ne se limitent pas qu’à cela. En effet, il est parfois à la limite de l’usage public de l’histoire. Pour l’exemple, on pourrait prendre sa vidéo suite à sa lecture de Mein Kampf (Dave Sheik, « Pourquoi j’ai lu Mein Kampf », YouTube (mise en ligne le 12 août 2016) (Dernière consultation le 10 décembre 2016). De fait, il la ponctue de petites saillies politiques qui, si elles sont estimables et souvent de bon sens, n’en sont pas moins quelque peu hors sujet. Ou tout du moins, elles font flirter ces vidéos à caractère historique avec une réflexion politique. Certains des commentateurs ont mis en avant le biais politique de cette vidéo, mais je soupçonne suis convaincu que ces derniers sont bien plus mus par une certaine islamophobie ambiante que par une quelconque défense de la méthode historique et de son nécessaire détachement de la politique. En effet, l’utilisation du terme « padamalgam » est une ironie largement partagée dans les milieux d’extrême-droite et islamophobe. A ce propos, « « #PADAMALGAM », sinistre point de ralliement de l’islamophobie en ligne »Le Monde (15 février 2016) (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[9] NotaBene, « Des vikings au Canada (Feat. Il était une fois) – Nota Bene #18 »YouTube (mise en ligne le 22 janvier 2016) (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[10] D’abord paru dans Febvre L., « Une histoire politique de la Russie moderne. Histoire-tableau ou synthèse historique ?Revue de synthèse VII (1934), repris dans Combats pour l’histoire, Paris, 1992, p. 70-74. A noter qu’une lecture en ligne est possible, sur le site des Classiques de l’université du Québec à Chicoutimi. (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[11] Prost A., Douze leçons sur l’histoire, Paris, 1996, p. 88. A noter que j’apporte un complément à cette phrase dans un autre billet.

[12] Epic Teaching of the History, « Présentation de 12 Armes Insolites de la Seconde Guerre Mondiale » (mise en ligne le 11 février 2016) (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[13] Pour Dave Sheik c’est dans « 3 DICTATEURS OSEF » (à environ 2’50 »). Chose que l’on retrouve aussi dans la version blog. Pour C’est une autre histoire c’est dans « Persée et Méduse – FEAT LES COPAINS – Le relooking mythologique #4 » (mise en ligne le 18 novembre 2016) (à environ 0’35 » et 1’35 »). Et pour Herodot’com, c’est dans « La Croisade de Pierre l’Ermite » (mise en ligne le 30 novembre 2016) (à environ 4’05 ») (Dernières consultations le 10 décembre 2016).

[14] Ruiz E., « Quelques questions à Alain Chatriot »Devenir historien-ne (18 novembre 2013) (Dernière consultation le 10 décembre 2016)

[15] Histony l’annonce dans sa vidéo « Pourquoi et comment parler de la Révolution ? – La Révolution, épisode 0«  (mise en ligne le 22 novembre 2016). Pour ce qui est d’Herodot’com, on regardera sa série de vidéos sur les croisades.

N'oubliez pas de partager, ça aide le blog à avancer !
One comment on “[Popularisation] L’Histoire vendue comme des histoires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *